LES PROCESSUS CRÉATIFS, ÇA S’APPREND ?

La question au sujet de l’apprentissage des processus créatifs ou d’écriture m’est posée à un moment important de ma carrière. Je suis d’avis que oui, l’écriture s’apprend. Les lectures que j’ai faites, les conférences auxquelles j’ai assisté, les ateliers que j’ai suivis et le compagnonnage qui se termine me permettent d’affirmer que l’on peut apprendre ce processus, car apprendre signifie acquérir des connaissances ou un savoir-faire. Je vais essayer d’en faire la démonstration en relatant quelques bouts de mon histoire.

Le plus important est d’expliquer comment ça se passe dans ma tête depuis neuf ans maintenant. En 2010, lorsque l’écriture refait surface après quelques années en dormance, on m’a proposé des lectures très intéressantes afin de m’aider à structurer un projet d’écriture. J’en retiens une en particulier. En résumé, Les italiques jubilatoires de Natalie Goldberg m’ont placé dans un état d’ouverture d’esprit sur tout ce qui se présentait à moi. L’idée principale que j’en retiens est de vérifier tous les outils disponibles pour tenter de créer une séance d’écriture toujours plus agréable et de pouvoir la répéter à sa guise. On part du simple crayon que l’on utilisera pour remplir les pages blanches ou celles lignées des cahiers. Je me suis donc jeté dans l’aventure de l’écriture avec l’idée d’expérimenter toutes les possibilités offertes dans le but de me créer mon coffre à outils. Pour apprendre, je suis persuadé qu’il faut être dans un état d’esprit qui nous permette de recevoir les connaissances.

Au cours des deux dernières années, les ateliers d’écriture donnés par Lise Blouin et quelques-uns de ses invités m’ont permis d’évoluer encore plus. J’ai appris à créer des personnages bien ficelés, dont un de fantasy qui m’habite et qui m’a mené plus loin qu’un simple manuscrit. Je n’ai pas seulement travaillé le personnage, mais aussi la langue, la matière première. Ma quête personnelle s’est continuée. De plus, comme responsable des conférences et des formations pour l’Association des auteures et auteurs de l’Estrie, j’ai compilé les commentaires des participants des différents ateliers. À plusieurs reprises, j’ai lu que mes collègues avaient appris beaucoup et ajouté des outils dans leurs bagages. Je ne suis donc pas le seul à penser que l’écriture s’apprenne. On a acquis de nouvelles connaissances au fil des séances.

J’ai eu la chance de participer à une conférence sur la prise de notes avec Éric Gauthier. Depuis des années, je ne jurais que par mes cahiers et par mon pousse-mine. Suite à cette soirée animée d’une main de maître, je me suis développé un nouveau goût pour le travail à l’ordinateur. J’ai toujours mes carnets avec moi, dans mon sac à dos qui me suit tous les jours. Cependant, j’ai compris que l’utilisation de l’ordinateur rendait mon travail plus fonctionnel et me permettait un gain de temps non négligeable, n’ayant plus à toujours recopier l’intégralité d’un texte. J’ai donc revu ma façon de faire et je me suis amélioré par le fait même.

Récemment, le Conseil de la culture de l’Estrie m’accordait un compagnonnage. On a reconnu mon désir de m’améliorer et d’aller plus loin dans la réécriture de mon manuscrit de fantasy. J’ai poussé ma réflexion encore plus profondément. J’ai mené mes outils de travail à un autre niveau. On ne me les a pas seulement proposés, je me les suis appropriés. J’ai été capable de cibler ce dont j’avais besoin et de tirer le meilleur de chacun. Mon travail de création est plus encadré, ce qui nécessite plus de besogne, mais il est demeuré agréable. Mon processus d’écriture a évolué, c’est la version 2.0. Encore plus loin dans mon développement, je suis maintenant capable de réinvestir mon savoir par moi-même.

Si la création s’apprend, elle s’enseigne. Je me suis placé moi-même plus d’une fois dans le rôle de celui qui se trouve devant et qui transmet le savoir. J’ai offert plusieurs ateliers d’écriture à des jeunes entre dix et douze ans dans le cadre d’activités parascolaires dans les écoles que j’ai fréquentées profession­nellement comme technicien interprète. Pendant quelques semaines, je les rencontrais pour les mener à soumettre un texte pour un concours d’écriture. Pourquoi vouloir l’enseigner ? Parce que ma passion pour l’écriture m’a fait vivre de très grandes satisfactions dans mon parcours et je souhaite que d’autres vivent de tels succès à leur tour. Je partageais donc mes bons coups avec les élèves en espérant faire grandir leur goût d’écrire. C’était tellement motivant de les retrouver, car ils avaient envie de s’investir dans leur projet.

Je ne crois pas qu’il y ait de recette magique, chaque personne étant différente. On apprend pour être en mesure de connaître les règles et les outils à notre disposition, d’y réfléchir et d’y poser un jugement pour être en mesure d’écrire à partir de qui on est.

Marc Lavertu est auteur jeunesse qui a maintenant publié quatre romans depuis 2013. Au-delà de l’écriture, il s’implique au sein de l’AAAE depuis quelques années.

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