Revue L’Alinéa

L’Alinéa, revue de l’Association des auteures et auteurs de l’Estrie, facilite et encourage la communication entre les acteurs et actrices de la scène littéraire estrienne. Parce qu’elle est le fruit d’un travail collectif, elle constitue une fenêtre grande ouverte sur la littérature, l’art et la culture en général. Publiée une fois par année, cette revue, dont le contenu est préparé par les membres de l’AAAE et accessible à tous par le biais du web, n’existerait pas sans la grande générosité de ceux et celles qui y contribuent, que ce soit de manière régulière ou occasionnelle.

2026

L’Alinéa automne 2026 – Recommence ?

Qui n’a jamais...
J’ai souvent eu l’idée...
Selon le dictionnaire...

Commencer, déjà, c’est difficile. Recommencer demande un travail sur soi, un petit deuil, l’humilité d’accepter que bon, c’est vrai, j’ai un peu merdé. Quelque chose cloche, mais on essaie de se convaincre que ça ira. Après tout, personne ne remarquera que le cadre est un peu croche, non ? Il y a quelque chose de fondamentalement désagréable à recommencer, surtout quand on perd quelques heures de travail en raison d’un cloud mal synchronisé. Comme le savent bien les philosophes des quincailleries : si tu mesures deux fois, tu ne coupes qu’une seule fois.

Recommencer, ce n’est pas tant s’avouer vaincu que reconnaître les potentialités, s’attarder aux possibles du texte; c’est voir son œuvre, se voir, au pluriel : je peux faire mieux, je ne suis pas limité à la personne imparfaite qui a posé cette action imparfaite. Recommencer, c’est aussi perfectionner, à l’instar des sportifs et des musiciens qui répètent inlassablement les mêmes gestes pour pouvoir les reproduire à l’instinct. Sans cette volonté de se reprendre, la vie ne serait-elle pas qu’un long premier jet qu’on n’a pas le courage de retravailler ?

Dans Le gai savoir, Nietzsche demande ce qu’on répondrait à un démon qui nous offrirait de recommencer notre vie exactement telle qu’elle avait été vécue : « Ne te jetterais-tu pas contre terre en grinçant des dents et ne maudirais-tu pas le démon qui parlerait ainsi ? » Qui aurait l’audace, comme un enfant qu’on chatouille, de regarder sa vie à rebours en criant « Encore ! » ? Pourtant, recommencer, on le fait constamment : au nouvel an, au printemps, à la rentrée de l’automne; la Terre tourne, le calendrier se répète, le Canadien se bat pour être dans le mix, mais à quoi bon poursuivre cette comédie ?

Albert Camus nous encourage à imaginer Sisyphe heureux de pousser, encore et encore, pour l’éternité, le même rocher au sommet de la même montagne. Le recommencement devient alors une épreuve de force, un test de caractère, un engagement contre l’absurdité du monde, contre le nihilisme de l’ « à quoi bon ? » Le recommencement, la répétition ne nous empêcherait donc pas de vivre, d’aimer, de créer, de jouer.

La question qui se pose alors serait plutôt : comment faire pour ne pas recommencer ?

L’Alinéa été 2026 – Quand tombe la nuit

Le soleil se couche; la nuit tombe.

Cette formulation évoque un phénomène soudain, une chute brusque; quelque chose retient la nuit, puis elle nous recouvre de ses ténèbres, d’un coup, comme on place un drap sur une cage de perruches. Apparaissent alors les astres trahis par la lumière du jour et la prise de conscience d’un monde invisible à l'œil nu. C'est la nuit que les chats sont gris, qu'on perd la notion de la réalité pour tomber dans un monde étrange. Révélée par une lune pleine, notre ombre ne nous appartient plus tout à fait.

La nuit, c'est la cécité, le danger, la peur. On souffre d'insomnie, on se retourne dans son lit en appréhendant le lendemain, en se repassant en boucle telle scène embarrassante de la journée, en s'en voulant de ne pas déjà être endormi. C'est la nuit qu'on se demande bizarrement si les fantômes pourraient exister, car comment expliquer ce craquement étrange dans l'escalier?

Nous fuyons dans le sommeil (quand il vient) comme toutes ces proies qui se blottissent dans les frondaisons ou au creux de terriers humides pour échapper aux prédateurs qui rôdent le museau bas et les sens aux aguets. Les lois humaines ne s’appliquent pas au règne animal, qui s’anime alors en un ballet sanglant et primordial.

Mais la nuit, c'est aussi le calme, le silence, la paix. Les autoroutes se taisent, les feux de camp dorent les fougères et l’esprit peut enfin y verser tout ce qui monte, sans jamais faire de dégâts. Sous couvert de la nuit, on peut penser librement sans crainte d’être démasqué; la transgression nocturne appelle nos sens en révolte, que mutile la raison diurne. La nuit porte au rituel, qu’il prenne la forme de boucane de sauge, de crème protectrice à l’acide hyaluronique ou d’un eyeliner hydrofuge appliqué dans un autobus direction centre-ville.

Mais la nuit tombe-t-elle encore? Nos nuits ne sont-elles pas de moins en moins sombres? Les lumières d'origine humaine polluent le ciel nocturne et dérangent les cycles naturels des migrations animales. Les ampoules, LEDs et autres néons ne seraient-ils qu'une façon pour l'être humain de se rassurer, de repousser les ténèbres qui le terrifient? Combien d'individus n'arrivent plus à dormir, la rétine brûlée par la lueur bleue des écrans hypnotiques?

La Grande noirceur d’une nuit de l'esprit, comme un crépuscule ignoré par des enfants pris dans leurs jeux, s’installe malgré tout, les forçant à accepter que le jour est terminé. Sans lumière, impossible de lire, de voir clair; c’est la nuit que disparaissent les militants et les droits civiques. C’est aussi la nuit qu’éclatent les vitrines et que s’élaborent des comités clandestins.

La nuit: absence de lumière ou présence de noirceur? Pourquoi pas les deux?

2025

L’Alinéa 2025 – Ponts et passerelles

Des merveilles d’ingénierie coûtant des milliards de dollars aux assemblages précaires de fond de rang, ponts et passerelles parsèment notre imaginaire collectif : le pont des Arts à Paris, le Golden Gate Bridge à San Francisco, la Tour de Londres, et pourquoi pas le pont Jacques-Cartier à Montréal, où la plupart des Québécois.es sont déjà restés coincés dans un embouteillage ?

Certains ponts fictifs font aussi partie de notre mythologie : le pont de Khazad-Dûm du Seigneur des anneaux, le Bifröst de la mythologie nordique, le pont du château de Bowser de Super Mario Bros, ou encore la passerelle invisible d’Indiana Jones et la dernière croisade et celle, plus modeste, que garde Petit Jean dans Robin des bois. Sans oublier le pont de la Chaudière, à Hull, où Jos Montferrant aurait affronté à mains nues 150 Irlandais.

Défendus ou non, ils permettent de franchir un obstacle, un ruisseau, une route ou un fleuve : dans tous les cas, on préfèrerait ne pas en tomber. Franchir un pont ou une passerelle, c’est risquer la chute. C’est se demander si on se rendra bien de l’autre côté, c’est regarder en bas et craindre le pire, lutter contre l’envie de donner un coup de volant, pour voir. Mais c’est aussi se diriger vers quelque chose, combler un manque, unir ce qui auparavant était isolé.

Les ponts et passerelles ne sont pas seulement des structures qui relient des rives ; ils symbolisent également les étapes de notre vie. Chaque traversée représente un saut vers l’inconnu, la fin d’un chapitre et le début d’un autre. Que ce soit un changement de carrière, un déménagement dans une nouvelle ville ou une nouvelle amitié, ces passages nous offrent l’occasion d’explorer de nouveaux horizons tout en restant ancrés dans notre passé. À chaque passage, nous découvrons de nouvelles perspectives et accumulons des histoires à raconter, une preuve que chaque pont, chaque passerelle peut nous mener vers une aventure inédite.

Ponts et passerelles, lieux de passage inévitables. Qu’ils mènent à la mort ou à un monde enchanté, à un trésor ou à la connaissance de soi-même, ils constituent autant de charnières entre deux rives, deux états d’âme, deux cultures, deux réalités.

Mais quand le pont s'écroule, que reste-t-il alors ?

2024

L’Alinéa 2024 – L’étrange raison derrière son choix de fuir le monde

Lecture et silence, de Bruno Laliberté
René, de Florent Gouézin
Voeux d'ailleurs, de Marie-Ange Claude
Monsieur Daudet, de Jean-Blaise Bourque
L'inertie du bruit, de Chloé Legris
La peau d'un oiseau, de Nathalie Bossé
Sans destination, de Magdarline Gédéon
Diamorphine, de Gabrielle Lareau
Cadillac, de Marie Sirois
A beau fermer les yeux, de Bernard Paquet
Naissances, de Félicia Deschamps-Desruisseaux
Port-au-Prince se mouche mal, de Daryl Lorenzo Moise
Kintsugi, de Suzanne Pouliot

Jouer sa vie : l'art de passer dans le beurre, d'Antonin Marquis

L'écrivain encabané, rencontre avec Louis Hamelin, propos recueillis par Marie Robert

2023

L’Alinéa 2023 – Ces chemins que l’on n’a jamais empruntés

Ces chemins que l'on n'a jamais empruntés, par Danielle Desormeaux
Le chemin des origines, par Pierrette Denault
Le bonheur, par Rachel Bériault Roberge
Tu survivras, par Jean-Blaise Bourque
Peut-être, par Jean-Blaise Bourque
Je me conforme, par Charles Chevrier
Cumul, par Manon Ann Blanchard
Le chemin de la liberté, par Suzanne Thibault
Ouverture du cœur, par Alain Lamoureux
Baliser, par Edward Beurdouche
Nous, par Marianne Fortier
Les chemins que l'on n'a jamais empruntés, par Fernand Lapointe
Le temps perdu, par Claude Bisson
À travers bois, rivière et souvenir, par Suzanne Pouliot
Le gym aux sentiers qui bifurquent, par Antonin Marquis
De la philo des cadastres / Charpente, par Frank Poule
Rencontre avec Véronique Grenier

2022

Automne 2022 – Le goût d’écrire

Mot de la présidente / par Josée Mongeau
Les activités de l'AAAE
À l'orée des mots, des cris et des rires / par Suzanne Pouliot
Les toiles de mon esprit / par Bruno Laliberté
Coquine, l'inspiration ! / par Aline Élie
Pensées vives / par Jeanie Bogart
Reflets / par Félix Devault-Dionne
J'écris pour partager ma passion / par Normande Mercier
Au bout des doigts / par Célia Gaudreau
Commentaires de lectures
Portraits d'auteurs
Nouveautés des membres

Printemps 2022 – La paix

Mot de la présidente / par Josée Mongeau
Les activités de l’AAAE
Le chalet intérieur / par Antonin Marquis
Guerrier / par Bruno Laliberté
La guerre n'est pas toujours déclarée / par Jeanie Bogart
Arme de guerre / par Pierrette Denault
À cendres et à sang / par Félix Devault-Dionne
Nouveautés des membres

2021

Automne 2021 – L’expérience de l’écriture

Dans ce numéro, il sera question de l’expérience de l’écriture, intime, unique et très concrète qui se trouve être très différente d'une personne à l’autre. Les textes de nos auteur.e.s abordent les raisons d’écrire, les lieux où l’on écrit, les souvenirs liés à l’écriture, etc.

Table des matières
Mot de la présidente / par Josée Mongeau
Les activités de l'AAAE
L'urgence d'écrire / par Isabelle Bernier
La plume, l'encre et le buvard / par Suzanne Pouliot
Du journal de bord au journal intime / par Mélanie Gagné
Retour d'une passion / par Mireille Guyonnet
La beauté des terres arides / par Louise Ménard
Une longue inspiration / Antonin Marquis
Écrire tous les jours ! Une routine d'écriture efficace / par Amélie Bibeau
Nos membres publient

Printemps 2021 – La pertinence de la lecture

Mot de la présidente / par Josée Mongeau
Les activités de l’AAAE
Nous savons que nous sommes vivants lorsque nous lisons / par Danielle Dussault
La lecture et l’écriture, deux faces d’une même pièce / par Marie d’Anjou
Pays d’eau, de lumière et de papier / par Suzanne Pouliot
La Lecture (1885) / par Théodore de Banville (1823-1991)
Des accidents de parcours / par Antonin Marquis
Résonances / par Michelle Busseau
Commentaires de lecture
Nouveautés des membres

2020

Automne 2020 – La pandémie ou comment se recentrer sur l’essentiel

Mot de la présidente / par Josée Mongeau
Les activités de l’AAAE
L’énergie de l’illusion / par Antonin Marquis
Un phare dans l’obscurité / par Caroline G. Forest
Des plongées dans l’enfance / par Pierrette Denault
Le dimanche / par Marie Sirois
Lettre d’un grand-père à sa petite-fille / par Danielle Ferron
Des cœurs sur mon chemin / par Diane Noiseux
Ricochet / Anne Brigitte Renaud répond à Christiane Lahaie
Commentaires de lecture