Les larmes froides de la ville

Une fois le soleil mort

La ville pleure en silence avec les yeux délavés, ses défunts.

Les chaussées absorbent les courses nerveuses. Les maisons retiennent leur souffle vital,

Et les réverbères s’inclinent sous la lourdeur de l’obscurité.

Une fois le soleil mort

Les balles chantent.

Elles assaillent les cloisons, Elles traversent les chairs, Elles lacèrent les invocations. Le silence se rompt en rafales, Et chaque cri devient

Un vestige qu’on dissimule au lever du jour.

Une fois le soleil mort

On fait face à nos journées merdiques, l’estomac creux, les poches trouées, l’âme épuisée.

On s’enivre de désillusion comme un breuvage amer qui ne guérit rien.

Les cadavres de bouteilles s’amoncellent, Reliques muettes de nos désastres.

Une fois le soleil mort

Les illusions s’effondrent dans l’innocence juvénile. Leurs rires se figent dans la gorge,

Et les mères serrent fort les bras absents, les présences envolées.

La nuit se transforme en combat, car même les mauvais rêves redoutent nos hantises. On se cramponne au néant,

On respire de manière mécanique, On sourit pour masquer la souffrance, On survit parce que mourir nécessite une vigueur épuisée.

On progresse, yeux fixés au sol, Espérant un miracle qui ne viendra pas.

Une fois le soleil mort

On se fait ami du néant, On parle aux fantômes,

On serre la main de l’absence. Quand s’abat le crépuscule

La ville s’effondre,

Et nous nous effondrons avec elle.

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