Dès la première nuit,
Je cueillis la lourdeur de la tragédie, À la hauteur de mon chagrin.
Ailleurs soufflait le vent,
Et les lauriers recouvraient les tombes de chants de deuil et d’espoir.
Pendant la deuxième nuit, Marquée de sang et de silence,
j’entendis la plainte lointaine du violon qui s’immisçait dans les anciens parcours guerriers dépourvus de tendresse.
Pourtant, dans le gris de l’aube, surgit, à peine roussie, la lumière éclairant
la blondeur des champs,
Alimentant le vert gras des pâturages,
Encapsulant l’air du temps, selon la couleur des choses,
Dessinant les horizons de la vieillesse, Pour tasser les vapeurs de l’angoisse.
Au cours de la troisième nuit,
Je glissai dans les zones sombres des
cris des mouettes collés dans mes tympans. Je marchai dans les chemins caillouteux de la vie pour cartographier mes émotions.
Puis, la résistance recousue main a saisi les embruns de la réalité.
À ce moment précis, la mémoire de mes ancêtres se mit à couler dans mes veines.
Dans le courant de la quatrième nuit, je remplis ma besace de murmures et de souvenirs déchirés,
De dessins d’arc-en-ciel et de quelques oasis de douceur. Pendant ce temps, s’écaillaient, dans l’origami, les jours disparus Coincés aux abords de mes
rives intérieures.
Durant la cinquième nuit, Je glissai dans les replis de mon enfance,
je tutoyai l’horreur, dans la lumière qui arrondissait les ombres et la colère.
J’auscultai l’âme humaine, J’éveillai l’hyène en moi,
je touchai le rivage de ton visage, l’âpre beauté du monde,
Pour mieux racler le sang séché sur la lame de tes épées déposées dans la fragilité des ruines.
Lors de la sixième, avant-dernière nuit, les forêts en feu me mordirent,
Bleuissant la chaleur de l’été et le rougeoiement des automnes.
Je partageai la solidarité, l’amitié fertilisée de pétales, les amours rêvées,
endormies et piétinées.
C’est la septième nuit, la dernière Que sur la pointe des pieds, J’entassai un à un mes désirs givrés de toi, mes rêves frangés de froid,
Et je coupai le fil de soie qui me reliait à toi.
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