VIVRE UNE RÉSIDENCE D’AUTEUR, PRENDRE RENDEZ-VOUS AVEC SOI

Entrevue avec Marc Lavertu

Marc Lavertu est technicien interprète en milieu scolaire auprès d’enfants atteints de surdité. Il a remporté à l’automne 2010 le Grand concours littéraire La Tribune organisé par le Salon du livre de l’Estrie et a déjà publié trois romans jeunesse.  Passionné par l’écriture et mû d’une imagination sans frontières, il écrit quand le temps le lui permet, tôt le matin alors que la maison baigne encore dans un silence inspirant ou en attendant un de ses fils occupé à sa pratique de tennis, moments privilégiés entre tous.

Nous l’avons rencontré dans un petit café de Magog, à la fin d’une journée de travail passée dans une école primaire du quartier. Souriant, avenant comme toujours, Marc avait répondu avec enthousiasme à notre invitation de partager un peu de son inoubliable expérience en résidence d’écriture vécue en Outaouais en août dernier.

Sur la table, il a posé deux petits cahiers noirs, d’égales dimensions, aux coins déjà un peu retroussés ….

COMMENT DÉFINIRAIS-TU UNE RÉSIDENCE
D’AUTEUR ? QU’EST-CE QUI T’A DONNÉ
LE GOÛT DE T’INSCRIRE ?

C’était une première expérience pour moi, être seul avec le moins de distractions possibles. On n’a qu’à dormir, se doucher, faire ses repas et….. écrire! Je m’étais dit : « Je vais écrire à temps plein, m’offrir du temps à moi! ». Dans mon cas, j’avais un projet à terminer; d’autres auteurs pourraient avoir un projet à démarrer. J’ai d’abord apprivoisé les lieux. Je n’ai pas privilégié le bureau, ni la grande pièce. J’ai choisi le salon qui était plus petit, enveloppant et bien éclairé. De la fenêtre, j’entendais les bruits de la ville au loin derrière les arbres du parc. C’était pour moi l’environnement idéal! Puis, je me suis mis à la tâche de 9h à 15h tous les jours, avec un arrêt pour dîner. Je savais déjà que je pouvais écrire dans le bruit et qu’il était facile pour moi de me concentrer. J’ai appris que je pouvais écrire plusieurs heures par jour dans le silence, sans panne d’inspiration… ou presque!

COMMENT SE PASSE UNE JOURNÉE
DANS UNE RÉSIDENCE D’AUTEUR ?

Çà dépend de chacun! Certains écrivent le soir ou même la nuit. Moi, je suis un lève-tôt; j’écris le matin. Je me lève, bois un café; les cahiers sont sur la table. Je déjeune en écrivant, déjà. J’aime utiliser un crayon à mine et un cahier. Puis, je fais la vaisselle et me rend au salon. Un peu comme chez moi, j’aime le calme du matin pendant que tous dorment.  Après avoir écrit toute la journée, avec juste un peu de temps pour dîner, je m’arrête vers 15h : je suis vidé! J’avais planifié de faire de la photo…. je soupais et je relaxais simplement. J’ai eu l’occasion également de vivre deux activités de réseautage : un souper rencontre avec des auteurs de l’Outaouais et une présence au cœur des Mosaïcultures. Cela m’a permis de faire des rencontres, de sortir un peu de mon univers d’écriture, de voir autre chose, de connaître d’autres auteurs et de m’initier à d’autres styles littéraires.

Pendant la conversation, Marc est entièrement centré sur son nouveau roman. Il me parle des personnages et des intrigues comme si je les connaissais très bien, depuis longtemps. Ils l’habitent et l’inspirent! Il parle de princesses, de montagnes à traverser, des dangers de la nuit, des sons des clairons, des lueurs des torches, … comme si nous y étions!

QUE SUGGÉRERAIS-TU À UN AUTEUR QUI
HÉSITE À SAISIR UNE TELLE OPPORTUNITÉ ?

Personnellement, je recommencerais! J’ai vu récemment une publicité pour une résidence d’auteur dans l’Arctique, wow! C’est un trip d’auteur, il faut le tenter! C’est une autre facette, une expérience inestimable qui n’est pas vécue par tous.

EN QUOI CETTE EXPÉRIENCE A-T-ELLE CHANGÉ
L’AUTEUR EN TOI ?

Je reviens plus confiant, j’ai apprivoisé la connaissance de mes personnages.

EN TERMINANT, POURQUOI AS-TU CHOISI 
LE ROMAN JEUNESSE ET AS-TU D’AUTRES
PROJETS D’ÉCRITURE ?

Suite aux conseils d’une amie interprète et auteure, j’ai d’abord participé à des concours littéraires, question de pratiquer. Pour moi, ce contexte était facilitant : le temps était déterminé, un thème était suggéré, le public cible et le nombre de mots attendus étaient annoncés. Mes trois premiers textes étaient pour la jeunesse, j’ai tout simplement continué! Éventuellement, j’aimerais écrire des romans pour un public adulte, des romans policiers peut-être, ou même des romans d’épouvante.

EXISTE-T-IL, SELON TOI, UN PROFIL TYPE
POUR ÉCRIRE DES ROMANS JEUNESSE ?

Être demeuré un grand enfant (éclat de rire!) et avoir de l’imagination à revendre. C’est un genre littéraire où tout est possible, où l’on a une liberté d’expression. Par exemple, on peut très bien imaginer un enquêteur de 12 ans avec un rat sur l’épaule… (nouvel éclat de rire!)

En fin d’entrevue, Marc saisit ses deux petits cahiers noirs, un dans chaque main, et il m’explique. « Le premier a été écrit quand je pouvais et quand j’avais un peu de temps; cela m’a pris 6 mois. Le second a été écrit en trois semaines…. quinze jours sans arrêt. »  Son septième manuscrit Les elfes oubliés est maintenant achevé. « Il est dans mon sac à dos et voyage avec moi tous les jours! Je voyage toujours avec Ezradelle (rires). Faut bien que je l’écoute! »

 

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